Voilà donc mon bambin parti dans la direction de la poissonnerie, tout fier de la confiance qu'on lui témoigne, car c'est la première fois qu'il a mission d'acquérir une anguille.

Chemin faisant, il s'amuse avec sa pièce de cinq francs, la faisant sauteler dans sa main, la jetant en l'air et la rattrapant, non sans une certaine prestesse.

Malheureusement, à un moment, il manqua son coup: la pièce, après avoir roulé sur le quai, s'en vint choir dans l'eau du bassin dit du Nord, par sept ou huit mètres de fond.

Voyez-vous d'ici la détresse du pauvre petit bougre?

Comble de malheur: comme il se penchait, hébété, sur le parapet, contemplant l'endroit fatal de la disparition de son argent, un coup de vent lui enlève son béret!

Crac, voilà sa coiffure à l'eau!

Sauter dans un canot et godiller vers le béret fut, pour l'enfant, l'affaire d'une minute.

Il était temps: complètement humecté, l'objet était sur le point de sombrer à jamais.

Quelle ne fut point la stupeur de notre jeune ami en constatant qu'au fond du béret grouillait une anguille, une magnifique anguille qui pouvait bien peser—je n'exagère pas—dans les une livre et demie, une livre trois quarts.

Cette pêche aussi miraculeuse qu'inattendue consola légèrement Julien de sa mésaventure.