LA QUESTION DES CHAPEAUX FÉMININS AU THÉÂTRE

Je possède une cousine, jeune encore, mais que le ciel a gratifiée du plus exorbitant des sang-froids et d'un peu commun esprit de répartie.

Ajoutons qu'elle est veuve et qu'elle jouit d'une vingtaine de mille livres de rente, ce qui n'a jamais rien gâté, n'est-ce pas? (Rien des agences.)

La petite histoire qui vient de lui arriver n'est pas de nature, pour vrai dire, à déranger l'ordre établi du firmament; mais comme elle relève du tapis de l'actualité, je vais me permettre de vous la narrer, si toutefois vous voulez bien m'y autoriser. Vous en mourez d'envie, dites-vous.

Allons-y.

Il y a peu de jours, ou plutôt peu de soirs, ma cousine se trouvait au théâtre en société de l'une de ses amies.

Ces deux dames occupaient chacune un fauteuil d'orchestre.

Tout à coup, elles se retournèrent, attirées par du vacarme.

Un gros monsieur, placé juste derrière ma cousine, menait un tapage d'enfer.

—Y a-t-il du bon sens, hurlait-il, y a-t-il du bon sens, je vous le demande, messieurs, à venir au théâtre avec un chapeau pareil!