Tout ce cortège, dans lequel deux garçons étaient chargés de mettre le mécanisme en mouvement, venait, à un moment donné, faire l'offrande du pain bénit; les fameux plateaux tournants faisaient surtout un effet magique.
Nous avons extrait ces détails d'un excellent article de M. Georges Dubosc, dont tout le monde, en Normandie, connaît le talent et l'érudition[53].
Note 53:[ (retour) ] Journal de Rouen, 22 déc. 1901.
A Saint-Victor-l'Abbaye, quatre petites filles, tout de blanc habillées, couronnées de roses, portent sur leurs épaules le symbole vivant de l'Enfant-Dieu, un agneau immaculé, incarnation d'innocence, de pureté et de douceur. Couché sur un tapis moelleux de chauds lainages, l'agnelet dresse sa petite tête placide et sereine, sous un dôme de verdure et de fleurs, formé d'un entrelacement de feuilles de lierre et de branchages de houx, piqué çà et là de roses, d'oeillets et de chrysanthèmes[54].
Note 54:[ (retour) ] Item, 25 déc. 1904.
Messe de minuit en Picardie
Dans la plupart des villages se formait un nombreux cortège de bergers et de bergères vêtus de blanc. Le roi de la troupe, tout enrubanné et couronné de fleurs, portait, dans une magnifique corbeille, un petit agneau d'une blancheur de neige. On se rendait processionnellement à l'église, au chant des Noëls locaux et au son des musettes et des tambourins. Le prêtre bénissait l'innocente créature à la Messe de minuit, au milieu de la joie universelle.
L'heureux agnelet était ramené à la bergerie où il était l'objet de soins particuliers. On le laissait mourir de vieillesse; car, par une pieuse naïveté, on le regardait comme le «sauveur du troupeau».
Cette vieille coutume picarde nous rappelle la touchante cérémonie qui a lieu, chaque année, à Rome, dans l'église de Sainte-Agnès-hors-les-Murs, le jour de la fête de la glorieuse martyre (21 janvier).
Après la messe, on organise une procession. En tête, s'avancent des prêtres en grands manteaux noirs. Ils tiennent chacun sur les bras un superbe coussin de damas rouge orné de franges d'or, sur lequel est mollement couché un petit agneau blanc comme la neige, la tête couronnée de roses. Ces agneaux sont placés sur l'autel et bénits par le célébrant.