«Toute la famille s'était proposé d'assister à la Messe de minuit; mais, devant la rigueur de la température, il fut décidé que les femmes garderaient le coin du feu, et que seuls, les hommes—j'en étais un, songez donc, cinq ans et demi,—se risqueraient à mettre le nez dehors.
«Donc, quand les cloches commencèrent à sonner dans le ciel étoilé, ma mère nous emmitoufla soigneusement, mon père et moi, sous les paletots et les cache-nez, et, faisant craquer la neige durcie sous nos semelles, nous gagnâmes tous les deux, en suivant la rue Vanneau et la rue de Varenne, la chapelle des Missions étrangères qui était alors notre paroisse.
L'église bondée de foule, la chaleur étouffante, le violent parfum de l'encens, l'harmonieux rugissement de l'orgue, les innombrables lumières des cierges qui semblaient une pluie d'or immobilisée, je revois et je ressens tout cela comme si j'y étais encore. La Crèche surtout, la Crèche avec ses personnages et ses animaux de bois peint, et son petit Jésus de cire que les brins de paille auréolaient comme des rayons, émerveillèrent mes yeux d'enfant»[70].
Note 70:[ (retour) ] François Coppée, Lointain Noël.
Une Messe de minuit dans l'église
de Notre-Dame de Bethléem, à Ferrières-en-Gâtinais.
La seconde année de son pontificat, saint Pierre avait envoyé saint Savinien, saint Potentien et saint Altin, prêcher l'Evangile dans les Gaules.
Après une longue marche pleine de périls, les nouveaux apôtres arrivèrent en un lieu solitaire, situé au bord d'une petite rivière appelée depuis la Cléry, non loin de l'endroit où la voie romaine qui va d'Auxerre à Chartres se croise avec celle de Genabum à Sens, à neuf lieues de cette dernière ville.
De rares habitants vivaient au milieu de la nature agreste de ces contrées, demeurant dans des cabanes grossières que protégeaient les grands bois silencieux. Ils recueillaient du minerai de fer, dont les gisements abondants apparaissaient çà et là, et l'exploitaient dans des fourneaux de forge qui plus tard firent donner à la ville bâtie en ce lieu le nom de Ferrières.
C'était au milieu de l'hiver, à la fin du mois de décembre. Les trois apôtres s'étaient retirés dans la cabane hospitalière de quelqu'un de ces pauvres forgerons, élevée non loin de la rivière. Entourés de gens du voisinage, accourus pour contempler ces étrangers, ils se mirent à annoncer la religion de Jésus, mort sur une croix pour nous sauver. Bientôt un grand nombre des habitants fut converti par leur parole et surtout par les miracles dont elle était accompagnée.
Mais, de tous ces miracles, le plus éclatant fut celui qui arriva la veille de Noël, vers minuit, dans une petite chapelle où la communauté chrétienne était réunie pour prier et honorer l'anniversaire de la naissance de l'Enfant Jésus.