Les chantres commençaient par apostropher avec impétuosité les Juifs et les Gentils, qui, de leur place, leur répondaient par un verset non moins violent. Les mêmes chantres, s'adressant ensuite à celui qui jouait le rôle de Moïse, disaient: «Voici Moïse, le législateur!» Un Moïse à longue barbe, portant une corne au front (cornuta facie), vêtu d'une aube et d'une chape, tenant une baguette dans une main et les tables de la loi dans l'autre, entonnait à son tour un chant prophétique, relatif à la naissance du Christ. Puis un cortège, célébrant les louanges du Messie, conduisait Moïse près du brasier. Le même cérémonial se renouvelait pour chacun des prophètes successivement interpellés: ils s'avançaient à mesure qu'ils étaient appelés.
Moïse était suivi d'Amos, vieillard barbu, ayant un épi à la main, ensuite venait Isaïe, vêtu d'une aube, le front ceint d'un bandeau rouge; puis Aaron, couvert d'ornements pontificaux, la mitre en tête, précédant Jérémie en habits sacerdotaux et tenant une petite boule à la main. Daniel, représenté par un jeune ecclésiastique, était drapé dans une tunique verte, et le prophète Habacuc, vieillard boiteux, suivait orné d'une dalmatique; dans un vase étaient des racines qu'il mangeait entre deux versets.
Après lui, Balaam, monté sur une ânesse, tirait la bride et frappait l'ânesse de ses éperons, tandis qu'un jeune homme, lui barrant le passage avec une épée, l'obligeait à s'arrêter. (Le jeune homme figure, ici, l'ange armé dont parle l'Écriture dans l'épisode de Balaam). Un clerc, se dissimulant sous l'ânesse, disait alors d'une voix étrange: Pourquoi me déchirez-vous ainsi avec l'éperon?
Puis l'ange disait à Balaam: «Renonce à servir les desseins du roi Balac». Et les chantres de dire: «Balaam prophétise».—Alors Balaam répondait: «Une étoile sortira de Jacob!» Orietur stella ex Jacob[77].
Note 77:[ (retour) ] Nombr. XXII-XXIV. Tunc Balaam ornatus, sedens super asinam (hinc festo nomen) habens calcaria, retineat lora et calcaribus percutiat asinam, et quidam juvenis, tenens gladium, obstet asinæ. Quidam sub asina dicat: «Cur me calcaribus miseram sic læditis?» Hoc dicto, angelus ei dicat: «Desine regis Balac præceptum perficere». Vocatores: «Balaam, esto vaticinans». Tunc Balaam respondeat: «Exibit stella ex Jacob!» (Du Cange, loc. cit.).
A Balaam succédait le prophète Samuel, puis David, paré des emblèmes de la royauté. A la suite des prophètes, on voyait Zacharie, habillé en juif et accompagné de sa femme Elisabeth, vêtue de blanc; leur fils Jean-Baptiste avait les pieds nus.
Derrière lui se tenait le vieillard Siméon et enfin Virgile, au visage resplendissant de jeunesse [78], qui devait s'étonner un peu de se trouver en si sainte compagnie: c'était ordinairement lui qui fermait la marche.
Note 78:[ (retour) ] Tous les personnages du cortège, à l'exception de Daniel et de Virgile, portaient la barbe; leur nom est toujours accompagné, dans Du Cange, de l'épithète barbatus.
Si l'on admettait le grand poète latin à la procession de Noël, c'est qu'il était réputé avoir prédit la naissance du Sauveur.
On lit, en effet, dans l'églogue qu'il adressa au consul Pollion, les vers suivants: