Dans le pays de Caux (Seine-Inférieure). Dans les campagnes, le réveillon est réduit aux plus modestes proportions. Pendant que, dans l'âtre, se consume la traditionnelle bûche de Noël, on se contente d'un frugal repas où figure parfois, chez les pauvres, une «fricassée» d'oiseaux pris, le soir à la «soutarde»; on termine aussi quelquefois par une tasse de «flippe», boisson chaude et composée de cidre doux, d'eau-de-vie et de sucre réduits au feu.
En Alsace, le réveillon se fait avec des saucisses, des jambons, des boudins arrosés de vin blanc. C'est le Kuttelschmauss.
Nous avons dit qu'en Angleterre il se fait, à l'occasion de Noël, une consommation considérable d'oies grasses[92]. Il en était ainsi autrefois dans nos provinces méridionales de la France; il n'était pas de fête, en Languedoc et en Béarn, où l'antique gardien du Capitole ne figurât à la place d'honneur. Le plus souvent, le réveillon se composait d'une bonne soupe aux choux, dont la marmite avait été enterrée sous la cendre, avant le départ pour la Messe de minuit, d'une oie rôtie, d'une saucisse fraîche et d'un pâté de foie gras.
Note 92:[ (retour) ] Noël dans les pays étrangers, p. 16.
Le jour de Noël, M. de Talleyrand avait l'habitude de servir à ses invités l'oie traditionnelle dont il avait lui-même imaginé la recette. Vous plaît-il de la connaître?
«Foncez une casserole de bandes de lard et de tranches de jambon. Veuillez ajouter quelques oignons piqué de clous de girofle, une gousse d'ail, un peu de thym et de laurier. Sur ce matelas parfumé, posez une oie grassouillette, bien jeune, bien tendre, soigneusement farcie de son foie et de crêtes de coq; arrosez généreusement de sauternes, semez une pincée légère de muscade, et laissez tomber quelques gouttes d'orange amère. Couvrez enfin de papier beurré et, feu dessus, feu dessous, faites partir.»
Décidément, il avait beaucoup d'esprit, M. de Talleyrand!
L'oie de Noël est bien un vrai rôti de fête! Tandis que les cloches égrènent dans le ciel leurs joyeux carillons, que le boudin fume et crie sur le gril, que les marrons pétillent sous la cendre, que les gâteaux de famille profilent leur coupole feuilletée, l'oie fumante est placée au milieu de la table, aux applaudissements des convives. De ses flancs embaumés s'échappent bientôt de succulents marrons: les enfants tendent leur assiette en criant: Noël! Noël!
Et la douce voix des cloches semble leur répondre: «Réjouissez-vous, enfants, car Jésus est né»[93].
Note 93:[ (retour) ] Fulbert-Dumonteil.