Un très heureux Noël et

Une brillante et prospère nouvelle année,

de la part de

X***.

Ces cartes sont à la portée de toutes les bourses: il y en a depuis dix centimes jusqu'à cinquante francs. La poste de Londres en expédie plus de soixante millions, à l'occasion du Christmas. On y joint quelquefois une minuscule boîte contenant quelques grains du pudding de Noël.

Toute famille anglaise qui ne reçoit pas, à l'occasion de Noël, des nouvelles des absents, en éprouve un profond chagrin, et s'il s'agit de proches parents ou d'amis intimes, toute la famille est en deuil.

Le lendemain de Noël s'appelle Boxing-day, à cause des boxes (boîtes, tirelires) que font circuler les facteurs, les laitiers, les porteuses de pain, et tant d'autres amis inconnus qui viennent vous souhaiter «un joyeux Noël et une bonne année», souhaits auxquels vous ne pouvez mieux répondre qu'en donnant des étrennes. Ce jour-là, la populace profite des trains à bon marché (cheap trains), envahit les endroits où l'on s'amuse et semble oublier tout à fait que Noël est une fête religieuse.

L'Anglais porte partout avec lui le souvenir de Noël. Dans ses colonies les plus lointaines, sur les sables d'Afrique ou dans les terres glacées du Nord, il réunit ses compatriotes comme s'ils ne formaient qu'une famille. Tous ensemble ils célèbrent le Christmas: debout, le verre à la main, ils envoient un salut fraternel et leurs voeux de bonheur aux être chéris qu'ils ont laissés au-delà de l'Océan.

Pendant la guerre de Crimée, les dames anglaises furent émues de compassion pour leurs frères malheureux qui, devant Sébastopol, au milieu d'un hiver exceptionnel, faisaient l'admiration de toute l'Europe, par leur courage et leur endurance. Une souscription nationale fut ouverte dans tout le Royaume-Uni. Quelques jours avant Noël, des navires chargés de volailles, de puddings et de liqueurs partaient pour la mer Noire. Le vingt-cinq Décembre, les soldats anglais célébraient joyeusement leur Christmas et buvaient au triomphe et à la prospérité de la vieille Angleterre.

Un journal de Londres représentait naguères le Christmas dans un corps de garde anglais: la scène est des plus pittoresques: elle se passe au Transvaal. «Les fusils sont dressés en faisceaux, une guirlande de verdure court à travers les canons, une chandelle allumée brûle au bout de chaque baïonnette, et les soldats choquent gaiement les verres autour de cet arbre de Noël d'un nouveau genre, qui leur rappelle à tous les joies de la Patrie absente.»[19].