Note 19:[ (retour) ] Desclées, Noël, page 67.
N'importe où il se trouve, sur le pont d'un navire, sous la tente ou la hutte grossière de l'explorateur, perdu dans les glaces polaires, l'Anglais, oubliant un instant ses peines, ses fatigues, ses dangers, ne manque jamais de donner au vieux Christmas la bienvenue de joie et d'espérance à laquelle il a droit.
Les catholiques anglais donnent à la fête religieuse de Noël la plus grande solennité: il faut aller dans la belle et riche église de l'Oratoire, à Londres, pour y entendre la magistrale musique de Palestrina.
En Irlande, le soir de Noël, d'une multitude de maisons sortent les familles catholiques, chacun tenant à la main une torche de résine allumée. C'est un spectacle d'une étrange beauté. On dirait des flots de lumières ondulant dans les ténèbres. Toutes ces pieuses communautés se réunissent au centre de la paroisse autour d'un cercle de flambeaux immobiles.
Citons, en finissant, une page ravissante du vicomte Walsh, qui raconte une Messe de minuit en exil:
«C'était dans le nord de l'Angleterre, dans un joli château, à Standen-Hall, chez lord Southwell, fervent catholique qui, pendant les mauvais jours, avait offert l'hospitalité à ses parents et amis de France.
«Nous y étions un jour de Noël. Dès la veille, on avait mis des bouquets de houx bien verdoyants, avec leurs baies ressemblant à des perles de corail.
«... Dans la chapelle, l'autel, le tabernacle, les gradins, les flambeaux étaient en bois d'acajou poli, avec des ornements dorés, un épais tapis aux plus vives couleurs couvrait les marches du petit sanctuaire; la neige, le froid étaient au dehors, et dans cet intérieur béni, tout était propre, chaud et confortable.
«Dans la tribune, en face de l'autel, des places réservées étaient entourées d'un rideau de soie cramoisie; derrière ce voile était le piano-orgue et les personnes qui devaient chanter. Lady Southwell (soeur de ma mère), lady Gormanston, sa fille, Mesdemoiselles de Choiseul, ses nièces, formaient ce choeur de famille.
«Il y a bien longtemps de cela. Depuis cette fête de Noël, j'ai compté bien des lendemains de la Toussaint, bien des Jours des Morts. Parmi celles qui chantaient alors devant l'autel de Standen Hall, il y en a qui chantent aujourd'hui devant Dieu, dans le ciel. Bien des années, bien des fortunes diverses me sont survenues depuis le merry Christmas time (ce gai temps de Noël); j'ai entendu depuis les messes en musique de Mozart et de Rossini, et toutes ces années, toutes ces fortunes diverses, tous ces grands talents n'ont pu effacer dans ma mémoire la Messe de Noël chantée dans l'exil.»