On crie, on danse, on tambourine, on agite des grelots et même des casseroles. On y vend surtout des trompettes de fer blanc appelées Befane[49]. Les enfants les achètent et s'en vont par les rues, soufflant toute la soirée et toute la nuit, et rendant tout sommeil impossible. Cette bruyante démonstration est, dit-on, à l'intention du roi Hérode qu'on veut punir de sa cruauté envers les Innocents.

Note 49:[ (retour) ] La veille de Saint Jean-Baptiste. Le même bruit se produit, avec des clochettes qu'on vend sur la place du Latran.

Assurément Hérode et sa famille occupent une grande place dans l'esprit des Italiens. Un voyageur qui visitait, l'hiver dernier, les églises de Rome, au temps de Noël, voyait partout, dans les Crèches, l'Enfant Jésus couvert d'un voile épais. Comme il en demandait la raison, on lui répondit: «c'est pour le dérober aux fureurs d'Hérode».

D'après quelques auteurs[50], la Befana serait Salomé, fille d'Hérode, qui fit décapiter Saint Jean Baptiste. Son histoire fit grande impression sur l'imagination du Moyen Age et la légende s'en empara bien vite pour y mêler ses fables. Ainsi, quand, au fameux festin, on lui présenta la tête tranchée du Saint, elle voulut y déposer un baiser, mais la bouche lui souffla violemment à la figure et aussitôt elle disparut ensorcelée et fut condamnée à suivre le cortège des mauvais esprits[51].

Note 50:[ (retour) ] Jacques Grimm. loc. cit.

Note 51:[ (retour) ] Une autre légende raconte que la fille d'Hérode, en punition de son crime, eut la tête tranchée par un glaçon, au moment où elle traversait un fleuve dont la glace se brisa sous ses pieds.

A la cathédrale de Gênes, pendant la Messe de minuit, au Gloria in excelsis, tous les enfants de l'assistance sonnent un charivari de clochettes de terre cuite qui ne convient guère à la sainteté du lieu. —Ceci rappelle un peu les Messes solennelles des rites orientaux, arménien, grec, etc., où la consécration s'accomplit au son des grelots que le diacre et le sous-diacre agitent de chaque côté du célébrant. Ces grelots sont attachés au bout d'un bâton de deux mètres, qui porte à son extrémité une plaque ronde de cuivre ou d'argent; ils rendent un son harmonieux par suite du mouvement qu'on leur donne. Cet instrument s'appelle quéchouez[52].

Note 52:[ (retour) ] Lebrun. Explication des cérémonies de la Messe. Tom. III.

D'ailleurs, pendant toute la veillée de Noël, ces mêmes clochettes préludent à la fête, dans toutes les rues de Gênes, d'une assez amusante façon.

Dans quelques villes d'Italie, on voit encore ce qu'on appelle la ruota della Befana. C'est une ronde d'enfants avec des chants à tue-tête, autour d'un grand feu de joie. Cet usage existe encore à Mandello sur les bords du lac de Lecco. Un cortège nombreux, que précède une musique barbare et une mascarade pittoresque, escortent la Befana, la vieille qui porte la fleur de lys et la quenouille. D'après la légende, elle vient, le jour de Noël, distribuer des jouets et des friandises aux enfants bien sages. La fête se termine sur la place du village par un feu de joie dans lequel on brûle, en effigie, la vieille femme qui doit renaître de ses cendres l'année suivante.