Plus loin, sur la terrasse de la blanchisseuse, le linge étendu sur des cordes et séchant au soleil, la petite cage à la fenêtre: le tout d'une parfaite précision.
Là-bas, dans la plaine, on voit caracoler des chevaux que des palefreniers retiennent avec peine; plus loin, de riches paysannes dansent la tarantelle au son des guitares.
Qu'elle expression dans ces têtes d'argile! Quelle finesse dans tous ces vêtements et dans ces parures! Quel éclat dans ces perles précieuses! Quelle animation, quelle vie dans tout ce paysage; dans ce torrent qui écume au milieu de blocs énormes et d'arbres séculaires, dans cette nature souriante, idyllique, parmi les épais rosiers et les prairies en fleurs!
Quelle richesse dans ce cortège des Rois Mages! Ils s'avancent coiffés de turbans et vêtus d'habits chamarrés d'or et parsemés de pierreries; de nombreux esclaves conduisent des chameaux chargés de coffres remplis d'or et de pierres précieuses.
Au-dessus de tout, s'élève pure la note de la foi: la Vierge et Saint Joseph, le petit Enfant Jésus étendu sur la paille, le boeuf et l'âne. Autour des petites colonnes qui entoure la Crèche, grimpent le lierre et la mousse et des essaims d'Anges se balancent dans les airs en glorifiant Dieu.
La Crèche de dom Michel et ses quatre-vingts statuettes représentent une valeur de deux cent cinquante mille francs.
Un habitant de la ville de Caserte avait dans sa maison une Crèche d'une richesse vraiment royale. Les Rois Mages, avec des costumes éblouissants, apportaient de vrais coffres d'or et de pierreries: les perles, les rubis, les émeraudes, les topazes y brillaient de toutes parts. Une femme avait au milieu du front un diamant si gros et d'une si belle eau qu'une princesse l'aurait mis volontiers à son diadème. On ne sera pas étonné d'apprendre que des soldats en armes gardaient, nuit et jour, un tel presepio.
La veille de Noël, à minuit, la famille entière vient s'agenouiller devant la Crèche. Le plus jeune des enfants prend un Bambino en cire et le place entre la Vierge Marie et Saint Joseph, dans un petit berceau de mousse. Les Zampognari attaquent la plus belle de leurs symphonies: on y répond par des cantiques: tout le monde prie; c'est une scène des plus touchantes[60].
Note 60:[ (retour) ] De Lauzières, Panorama des Fêtes chrétiennes.
Toute la nuit de la veille de Noël ont lieu des feux d'artifice qu'on nomme Tricchi-Tracche. Les rues, les ruelles deviennent plus lumineuses qu'à midi. Les feux de bengale pétillent à tous les étages et à toutes les fenêtres: les flammèches tombent en pluie de feu sur la tête des passants. Alors aussi sur les places publiques, sur les trottoirs, sur les balcons éclatent les soleils, les girandoles, les fusées de toutes sortes. Dans chaque rue, dans chaque quartier c'est une fusillade nourrie; on dirait que dans cette ville de cinq cent mille âmes se livre une lutte effroyable. Les morts sont rares; il y a bien quelques blessés—mais c'est Natale (Noël)—et l'an prochain on recommencera de plus belle!