Il y a une vingtaine d'années, on représentait à Naples, dans un théâtre de second ordre, la Nascita del Verbo Incarnato (la Naissance du Verbe Incarné), longue et fastidieuse pièce en cinq actes et en vers, avec prologue. Les acteurs jouaient d'abord avec beaucoup de sérieux et de dignité. Mais, à la fin de chaque acte, les guillari (les bouffons, les clowns) apparaissaient sur le théâtre, liaient conversation avec la Sainte Vierge et Saint Joseph, puis restés bientôt seuls maîtres de la scène, racontaient, en patois, les nouvelles du port, avec une verve endiablée.

Il existe un usage assez bizarre dans la petite ville de Catanzaro, au sud de Naples, dans la Calabre ultérieure. C'est n' Presepiu cchi si motica, une espèce de Crèche-théâtre, de Crèche-parlante. Elle ne se trouve pas dans l'église. Elle nous apparaît peuplée de personnages qui se meuvent, gesticulent, parlent, absolument comme des marionnettes. A côté d'une grotte s'élève une prison, puis un palais, un couvent de capucins, une église. L'action est des plus grotesques. Par exemple, Hérode vient d'apprendre la nouvelle de la naissance d'un roi plus puissant que lui; aussitôt il entre dans une fureur extrême et donne ordre de faire périr par le glaive tous les enfants au-dessous de deux ans. On assiste alors au meurtre des Innocents, on entend des cris plaintifs. Les Religieux sortent du couvent et veulent défendre ces pauvres victimes, mais ils sont à leur tour roués de coups, jusqu'à ce que d'autres Religieux arrivent, en chantant des psaumes pour les morts[61].

Note 61:[ (retour) ] M. Lumini, Le sacre rappresentazione italiane, p. 306.

Dans l'île d'Ischia, on voit, dans les deux églises, un trône orné, sur lequel est placée une statue de la Vierge. Elle est habillée de brocart riche, porte des cheveux naturels très frisés et des boucles d'oreille: elle a une sorte de tablier de mousseline blanche qu'elle relève des deux mains comme pour en former un berceau. Le jour de Noël, on dépose un Enfant-Jésus dans le tablier de la Vierge.

A Capri[62], au commencement de la Messe de minuit, le tabernacle apparaît ouvert et vide, pour signifier que le Christ n'est pas encore né. Après la communion seulement, le prêtre y introduit une hostie consacrée et ferme la porte. Pendant toute la nuit et toute la journée du vingt-cinq décembre, les bombes et les coups de feu retentissent sans cesse, répétés par les échos des montagnes.

Note 62:[ (retour) ] Dans l'île de Capri, de la pointe du Capo la vue est magnifique et n'a de comparable au monde que la rade de Rio de Janeiro et les abords de Constantinople.

Dans l'église de Massa-Lubrense, près de Sorrente [63], on voit une Crèche qui est tout un monde. Ce sont des rochers escarpés remplis de personnages en miniature: bergers, religieux; dans un ravin, les Rois Mages qui s'avancent avec toute leur suite; puis des villages, des maisons avec des curieux sur les balcons, des ouvriers à leur atelier, des gens qui causent sur la place publique, des Anges suspendus en l'air. Il y a peut-être deux cents figurants. C'est pour ainsi dire la reproduction de la Crèche de la Chartreuse de Naples.

Note 63:[ (retour) ] Aux environs de Sorrente se trouve le pittoresque couvent du Deserto.—Du haut de la terrasse on a une vue charmante sur les deux golfes de Naples et de Salerne et sur l'île de Caprée.

Dans toute la région, les passants saluent les étrangers par ces mots: Buon' Natal! (bon Noël). C'est le souhait de la nouvelle année[64]. Il en est de même à Rome; on dit encore: Buone feste (bonnes Fêtes!)

Note 64:[ (retour) ] Ces intéressants détails sur Ischia, Capri et les environs de Sorrente nous ont été fournis par deux personnes de notre famille qui ont assisté à la Messe de minuit dans l'église de Capri, à l'occasion de la fête de Noël 1904.