Note 66:[ (retour) ]

À Palerme, les aveugles-poètes forment une sorte de corporation; ils parcourent les campagnes, se rendent à toutes les fêtes, modifient et rajeunissent les chants de leurs prédécesseurs.

Ils abordent tous les genres: les souvenirs des Croisades, les légendes de Sainte Lucie et de Sainte Rosalie, les deux Saintes si populaires dans toute la Sicile, un tremblement de terre, un naufrage, etc.

Ils déploient autant d'imagination pour rendre par la poésie et la musique ces divers sujets, que les «peintres» pour les reproduire sur les charrettes des paysans siciliens.

Les pieux cantiques de la neuvaine de Noël (le canzoni) sont très connus: ils sont à peu près les mêmes dans toute l'Italie méridionale et en Sicile.

On connaît beaucoup moins les prières (le orazioni) que l'on récite devant la Crèche dans certains villages des campagnes de Sicile. Ce sont des chants très courts, des invocations à Jésus-Enfant, à la Vierge, au patriarche Saint Joseph.

Ces prières sont écrites dans le gracieux dialecte sicilien que le poète Meli a immortalisé dans ses vers. Qu'on en juge par le commencement du premier sonnet de sa Bucolique.

Montagnes coupées de vallons,

Rochers vêtus de lierre et de mousse,

Cascades d'eau pure argentée.

Ruisseaux murmurants et lacs silencieux.

Cimes escarpées et ravins ténébreux.

Joncs stériles et genêts en fleurs.