N'a vu merveille[72].

Note 72:[ (retour) ] D'après un autre proverbe espagnol: Quien no ha vista Granada, No ha visto nada, qui n'a vu Grenade, n'a rien vu.—Nous pensons, en effet, que cette ville offre le plus beau paysage de toute l'Espagne. Qu'on se figure une campagne verte et fraîche, puis, à l'entour, un cadre de collines ruisselantes d'eaux vives, exubérantes de végétation; plus haut un amphithéâtre de montagnes d'une douce lumière bleue, enfin, par dessus tout, les neiges éternelles de la Sierra Nevada, montant à 3,500 mètres dans l'azur sombre du ciel.... Voilà le riant et grandiose panorama de la ville merveilleuse de l'Alhambra!

Ce n'est point la tour de la Giralda si remarquable par la proportion harmonieuse de ses lignes, ce ne sont pas ses autres monuments, ni ses trésors d'art, ni les beaux tableaux de Murillo qui ont fait surnommer Séville «l'Enchanteresse», la Encantadora, ce sont les agréments de la vie, les fêtes, le mouvement perpétuel de gaieté qui anime sa population.

Ses grandes processions de la Semaine Sainte (pasos) sont célèbres dans le monde entier.

La fête de Noël (la Natividad) y est particulièrement populaire: elle se passe, en grande partie, en plein air; le marché est plus animé que jamais entre le pont de Tiana et la plaza de Toros.

«Voici d'abord le pavero (marchand de dindons, pavos en espagnol). C'est une industrie qui ne s'exerce guère qu'aux approches de Noël. Quelques jours avant la fête, il fait son apparition dans les rues, poussant devant lui son troupeau de volatiles. Ils vont se dandinant, ébouriffant leurs plumes-moirées, secouant leur jabot aux teintes sanguinolentes, attirant par leurs gloussements les ménagères prévoyantes... Le pavero crie sa marchandise et la vend avec toute la fierté de sa race»[73].

Note 73:[ (retour) ] Louis d'Harcourt, Illustration, 1890.

A Barcelone, la ville aux larges et riantes avenues, le vingt et un Décembre, fête de Saint-Thomas, il y a grande affluence de paysans qui viennent exposer et vendre des pavos (dindons), sur la Rambla de Cataluña[74], pour les fêtes de Noël.

Note 74:[ (retour) ] Le terme rambla qui, vient de l'arabe, désigne dans toute l'Espagne le lit desséché d'un fleuve: souvent, comme à Barcelone, il est remplacé par de superbes boulevards. Ce qui fait que le mot de Cervantés s'applique encore à la grande cité qu'il appelle «une ville unique par son site et sa beauté», en sitio y en bellezza unica.

La loterie de Noël, à Séville, donne aussi à cette fête un attrait et une animation extraordinaires: on peut juger de son importance par la valeur du gros lot qui dépasse ordinairement deux millions de francs. Le prix de chaque billet est de cinq cents francs, mais il peut se diviser en coupures et fractions qui vont jusqu'aux sommes les plus petites.