Après le tirage, le gain se partage au prorata de la valeur des billets, coupures et fractions.
Les Espagnols s'intéressent tous à cette grande oeuvre quasi nationale et même ceux qui vivent à l'étranger ne manquent pas d'écrire à Séville pour se procurer des billets.
Quelques jours avant Noël, on a coutume, dans bon nombre de familles où il y a des enfants, d'édifier des représentations de l'Adoration de l'Enfant Jésus par les Bergers et les Rois Mages. Des paysages en miniature se peuplent de personnages et d'animaux sans grand souci de la couleur locale, ni de la vraisemblance. On appelle ces sortes de Crèches des nacimientos (naissances).
Dans certaines familles, on s'y applique consciencieusement à l'avance pour combiner des effets pittoresques que les amis viendront voir jusqu'aux «Rois» que ces éphémères constructions ne dépassent jamais.—Cette coutume existe à peu près dans toute l'Espagne.
Dans les provinces du Midi, après avoir admiré dévotement le divin Enfant, la Vierge Marie, Saint Joseph, les Bergers, les Rois Mages, l'âne et le boeuf traditionnels, on passe une partie de la nuit à se divertir et surtout à danser le fandango. Cette danse préférée des Espagnols est sur un rythme entraînant, à trois temps, avec accompagnement de guitare et de castagnettes. Son mouvement rapide, l'agitation des bras, les trépidations des danseurs, lui donnent un caractère d'animation plein d'originalité. Dans l'intervalle des danses, on boit de l'aguardiente (eau-de-vie) et du manzanilla (petit vin blanc sec). Cette réunion toute intime de parents et d'amis se termine par une danse spéciale à laquelle tout le monde prend part.
«Tous les assistants sont assis en cercle. Une jeune fille alerte s'élance d'un bond au milieu et parcourt rapidement le rond, toujours dansant. Puis elle s'arrête devant un des spectateurs qui est tenu de la remplacer et d'exécuter un pas brillant, quels que soient son âge, sa situation, sa gravité. Celui-ci s'arrête ensuite devant une femme, jeune ou vieille, qui lui succède dans ses exercices chorégraphiques, et ainsi de suite jusqu'à épuisement des danseurs»[75].
Note 75:[ (retour) ] Louis d'Harcourt, loc. cit.
Dans les provinces du Nord, aux pays basques, par exemple, on trouve beaucoup moins ces manifestations bruyantes: une lenteur mesurée, une tonalité grave règnent dans les actes et les discours. Après la Messe de minuit a lieu le réveillon qui se compose du besugo, poisson fréquent dans la contrée, de l'oie grasse et du dessert composé de nougats, d'alicante et de jijun.
Dans le Midi, la tourte de Noël [76], la morue frite, les châtaignes, la dinde truffée font les frais du repas qu'arrosent à pleins verres le Valdepeñas et le Manzanilla. Quelquefois la guitare et la Zambomba accompagnent le Tango, le Boléro et la Sevillana (danses espagnoles).
Note 76:[ (retour) ] A la Republique Argentine, le régal de Noël est le pan dulce (pain doux), sorte de gâteau aux raisins confits que les pâtissiers confectionnent en grande quantité pour cette fête.