Note 80:[ (retour) ] Dans les pays basques, il est d'usage, au jour de Noël, de se rendre a trois pèlerinages locaux particulièrement célèbres: ce sont ceux de Lezo, d'Iziar et d'Aranzazu.

En parcourant ces silencieuses campagnes de la province de Guipuscoa, il nous est souvent revenu à l'esprit une belle page de Pierre Loti, sur la Messe au pays basque, et surtout ces lignes finales: «Faire les mêmes choses que depuis des âges sans nombre ont faites les ancêtres, et redire aveuglément les mêmes paroles de foi, est une suprême sagesse, une suprême force. Pour tous ces croyants qui chantaient là, il se dégageait de ce cérémonial, immuable de la Messe une sorte de paix, une confuse mais douce résignation aux anéantissements prochains. Vivants de l'heure présente, ils perdaient un peu de leur personnalité éphémère pour se rattacher mieux aux morts couchés sous les dalles et les continuer plus exactement, ne former avec eux et leur descendance à venir, qu'un de ces ensembles résistants et de durée presque indéfinie qu'on appelle une race.»

Il nous a été donné de voir des familles entières agenouillées devant le Christ miraculeux de la belle cathédrale de Burgos ou devant la Virgen del Pilar (la Vierge du Pilier) de l'immense basilique de Saragosse. Rien, dans nos souvenirs de voyages, ne nous a donné une idée plus haute de la foi qui opère des merveilles, et de l'ardente charité d'un peuple au coeur vaillant et à la religion profonde et vraie.

Il nous reste à parler de la Messe de Noël en Espagne, Messe de minuit et Messe du jour.

La Messe de minuit s'appelle Misa del Gallo (la Messe du coq ou du chant du coq): elle n'offre rien de bien particulier.

Elle se célèbre dans la plupart des églises de Madrid. A la fin, les fidèles entonnent les villancicos en s'accompagnant d'instruments de toute sorte: il se fait alors un tapage qui surprend et étonne les étrangers. Des bandes bruyantes d'hommes du peuple parcourent en chantant les rues les plus fréquentées. Depuis minuit, les cafés, surtout ceux de la Puerta del Sol[81], se remplissent d'une foule animée. La visite du marché aux fruits de la plazza Mayor est intéressante, surtout le soir de Noël: il y a quantité de boutiques brillamment illuminées.

Note 81:[ (retour) ] La Puerta del Sol (la Porte du Soleil), la place la plus grande et la plus animée de Madrid: elle doit son nom à l'ancienne porte démolie en 1570, d'où l'on pouvait voir le lever du soleil.

Le jour de Noël, les monastères ouvrent leurs chapelles ordinairement fermées au public et la Messe de minuit se célèbre avec une grande solennité. Chaque fidèle y apporte, soigneusement enveloppé dans son manteau, son cierge bizarrement enroulé en forme de serpent. Dans le rayonnement des lumières, apparaît, au milieu de la nef principale et jusque dans le sanctuaire, une foule recueillie à la foi ardente et aux élans d'une piété expansive. C'est une suite de fiévreux signes de croix, de baisements des dalles, de coups frappés sur la poitrine, de regards enflammés et suppliants allant de l'autel à la Madone et de la Madone à l'autel.

Dans l'église, au dôme élevé, du célèbre couvent de Loyola, bâti sur l'emplacement de la maison où naquit Saint Ignace, fondateur de l'Ordre des Jésuites—à la Messe de minuit—l'orgue joue, après l'élévation, la Marche royale avec accompagnement de tambours de basque et de castagnettes. Les Religieux, par suite d'un usage séculaire, célèbrent à la fois la gloire du Très-Haut et celle de leur Souverain[82].

Note 82:[ (retour) ] La Quinzaine, loc. cit.