«Plus de parade! crient-ils en leur zèle patriotique; nous sommes de marche; qu'on nous fasse marcher!

—Vous marcherez, ou j'y perdrai mon nom!» leur dit le brave général Bravida; et tout bouffant de colère, il alla demander des explications à la mairie.

La mairie répondit qu'elle n'avait pas d'ordre et que cela regardait la préfecture.

«Va pour la préfecture!» fit Bravida; et le voilà parti sur l'express de Marseille à la recherche du préfet, ce qui n'était pas une petite affaire, attendu qu'à Marseille il y avait toujours cinq ou six préfets en permanence, et personne pour vous dire lequel était le bon. Par une fortune singulière, Bravida lui mit la main dessus tout de suite, et c'est en plein conseil de préfecture que le brave général porta la parole au nom de ses hommes, avec l'autorité d'un ancien capitaine d'habillement.

Dès les premiers mots, le préfet l'interrompit:

«Pardon, général... Comment se fait-il qu'à vous vos soldats vous demandent de partir, et qu'à moi ils me demandent de rester?... Lisez plutôt.»

Et, le sourire aux lèvres, il lui tendit une pétition larmoyante, que deux lapins de garenne—les deux plus enragés pour marcher—venaient d'adresser à la préfecture avec apostilles du médecin, du curé, du notaire, et dans laquelle ils demandaient à passer aux lapins de choux pour cause d'infirmités.

«J'en ai plus de trois cents comme cela, ajouta le préfet toujours en souriant. Vous comprenez maintenant, général, pourquoi nous ne sommes pas pressés de faire marcher vos hommes. On en a malheureusement trop fait partir de ceux qui voulaient rester. Il n'en faut plus... Sur ce, Dieu sauve la République, et bien le bonjour à vos lapins!»


LE PUNCH D'ADIEU