Ce sont les bottes du mort qui l'ont surtout frappé. Il y revient toujours:

«Vingt dieux! les belles bottes!» et ses yeux brillent en m'en parlant.

Au moment d'entrer dans Petit-Bry, un marin chaussé d'espadrilles, quatre ou cinq chassepots sur les bras, déboule d'une ruelle et vient vers nous en courant:

«Ouvrez l'œil, voilà les Prussiens.»

On se blottit derrière un petit mur et on regarde.

Au-dessus de nous, tout en haut des vignes, c'est d'abord un cavalier, silhouette mélodramatique, penché en avant sur sa selle, le casque en tête, le mousqueton au poing. D'autres cavaliers viennent ensuite, puis des fantassins qui se répandent dans les vignes en rampant.

Un d'eux—tout près de nous—a pris position derrière un arbre et n'en bouge plus, un grand diable à longue capote brune, un mouchoir de couleur serré autour de la tête. De la place où nous sommes, ce serait un joli coup de fusil. Mais à quoi bon?... Les éclaireurs savent ce qu'ils voulaient. Maintenant vite à la barque; le marinier commence à jurer. Nous repassons la Marne sans encombre... Mais à peine abordés, voilà des voix étouffées qui nous appellent de l'autre rive:

«Ohé! du bateau!...»

C'est mon amateur de bottes de tout à l'heure et trois ou quatre de ses camarades qui ont essayé de pousser jusqu'à la mairie et qui reviennent précipitamment. Par malheur, il n'y a plus personne pour aller les chercher. Le marinier a disparu:

«Je ne sais pas ramer», me dit assez piteusement le sergent des éclaireurs blotti avec moi dans un trou du bord de l'eau. Pendant ce temps, les autres s'impatientent: