«Ouvre, c'est moi...»

J'entendais les pieds nus de la femme sur le carreau, le frottement des allumettes, et l'homme qui, dès en entrant, essayait de bégayer une histoire, toujours la même: les camarades, l'entraînement... Chose, tu sais bien... Chose qui travaille au chemin de fer. La femme ne l'écoutait pas:

«Et l'argent?

—J'en ai plus, disait la voix d'Arthur.

—Tu mens!...»

Il mentait en effet. Même dans l'entraînement du vin, il réservait toujours quelques sous, pensant d'avance à sa soif du lundi; et c'est ce restant de paye qu'elle essayait de lui arracher. Arthur se débattait:

«Puisque je te dis que j'ai tout bu!» criait-il. Sans répondre, elle s'accrochait à lui de toute son indignation, de tous ses nerfs, le secouait, le fouillait, retournait ses poches. Au bout d'un moment, j'entendais l'argent qui roulait par terre, la femme se jetant dessus avec un rire de triomphe.

«Ah! tu vois bien.»

Puis un juron, des coups sourds..., c'est l'ivrogne qui se vengeait. Une fois en train de battre; il ne s'arrêtait plus. Tout ce qu'il y a de mauvais, de destructeur dans ces affreux vins de barrière lui montait au cerveau et voulait sortir. La femme hurlait, les derniers meubles du bouge volaient en éclats, les enfants réveillés en sursaut pleuraient de peur. Dans le passage, les fenêtres s'ouvraient. On disait;

«C'est Arthur! c'est Arthur!...»