Jarjaille, un portefaix de Saint-Rémy, s'est laissé mourir un beau matin et le voilà tombant dans l'éternité... Roule que rouleras! L'éternité est vaste, noire comme la poix, profonde et démesurée à faire peur. Jarjaille ne sait où aller: il erre dans la nuit, claquant des dents, tirant des brassées à l'aveuglette. A la fin, à la longue, il aperçoit une petite lumière là-haut, tout en haut. Il y va. C'était la porte du bon Dieu.
Jarjaille frappe: Pan! pan!
«Qui est là? crie saint Pierre.
—C'est moi.
—Qui, toi?
—Jarjaille.
—Jarjaille de Saint-Rémy?
—Tout juste.
—Mais, galopin, lui dit saint Pierre, tu n'as pas honte de vouloir entrer au Paradis, toi qui depuis vingt ans n'es pas une seule fois allé à la messe! Toi qui mangeais gras le vendredi quand tu pouvais, et le samedi quand tu en avais!... Toi qui, par moquerie, appelais le tonnerre le tambour des escargots, parce que les escargots viennent pendant l'orage...! Toi qui, aux saintes paroles de ton père: «Jarjaille, le bon Dieu te punira», répondais le plus souvent: «Le bon Dieu? Qui l'a vu? quand on est mort, on est bien mort.» Toi, enfin, qui le reniais et blasphémais à faire frémir; se peut-il que tu te présentes ici, abandonné de Dieu?»
Le pauvre Jarjaille répondit: