«Je ne dis pas le contraire. Je suis un pécheur, un misérable pécheur. Mais qui se serait douté, qu'après la mort, il y aurait encore tant de mystères? Enfin, je me suis trompé, et voilà le vin tiré; maintenant il faut le boire. Mais au moins, grand saint Pierre, laissez-moi voir un peu mon oncle, pour lui conter ce qui se passe à Saint-Rémy.
—Quel oncle?
—Mon oncle Matéri, qui était pénitent blanc.
—Ton oncle Matéri? Il est au purgatoire pour cent ans.
—Pour cent ans!... Et qu'est-ce qu'il avait fait?
—Tu te rappelles qu'il portait la croix aux processions... Un jour, quelques joyeux copains se donnèrent le mot, et il y en eut un qui se mit à dire: «Vois Matéri, qui porte la croix!» Un peu plus loin, un autre recommence: «Vois Matéri, qui porte la croix!» Finalement, un troisième le montre en disant: «Vois, vois Matéri ce qu'il porte!...» Matéri, dépatienté, répliqua: «Ce que je porte?... si je te portais, toi, je porterais bien sûr un fier viédaze...» Là-dessus, il eut un coup de sang et mourut sur sa colère.
—Pauvre Matéri... Alors faites-moi voir ma tante Dorothée, qui était si... si dévote...
—Elle doit être au diable, je ne la connais pas.
—Oh! ben! si celle-là est au diable ça ne m'étonne pas. Figurez-vous qu'avec ses grands airs dévotieux...
—Jarjaille, je n'ai pas le temps. Il faut que j'aille ouvrir la porte à un pauvre balayeur des rues que son âne, d'un coup de pied, vient d'envoyer en Paradis.