La-dessus, M. Noël prit la mouche.

«Hé! là-bas, vieux Francis, vous êtes tout de même bien content de l'avoir pour payer vos cuites de bouillotte, le portefaix de la Cannebière… On t'en collera des parvenus comme nous, qui prêtent des millions aux rois et que les grands seigneurs comme Mora ne rougissent pas d'admettre à leur table…

—Oh! à la campagne,» ricana M. Francis en faisant voir sa vieille dent.

L'autre se leva, tout rouge, il allait se fâcher, mais M. Louis fit signe avec la main qu'il avait quelque chose à dire et M. Noël s'assit tout de suite, mettant comme nous tous son oreille en cornet pour ne rien perdre des augustes paroles.

«C'est vrai, disait le personnage, parlant du bout des lèvres et sirotant son vin à petits coups, c'est vrai que nous avons reçu le Nabab à Grandbois l'autre semaine. Il s'est même passé quelque chose de très amusant… Nous avons beaucoup de champignons dans le second parc, et Son Excellence s'amuse quelquefois à en ramasser. Voilà qu'à dîner on sert un grand plat d'oranges. Il y avait là, chose… machin… comment donc… Marigny, le ministre de l'intérieur, Monpavon, et votre maître, mon cher Noël. Les champignons font le tour de la table, ils avaient bonne mine, ces messieurs, en remplissent leurs assiettes, excepté M. le duc qui ne les digère pas et croit par politesse devoir dire à ses invités: «Oh! vous savez, ce n'est pas que je me méfie. Ils sont très sûrs… C'est moi-même qui les ai cueillis.

—Sapristi! dit Monpavon en riant, alors, mon cher Auguste, permettez que je n'y goûte pas.» Marigny, moins familier, regardait son assiette de travers.

«Mais si, Monpavon, je vous assure… ils ont l'air très sains ces champignons. Je regrette vraiment de n'avoir plus faim.»

Le duc restait très sérieux.

«Ah ça! monsieur Jansoulet, j'espère bien que vous n'allez pas me faire cet affront, vous aussi. Des champignons choisis par moi.

—Oh! Excellence, comment donc!… Mais les yeux fermés.»