«Ne me demande rien… je ne veux rien dire… adieu.»
Et lui, la pressant contre son coeur:
«Que pourrais-tu me dire que je ne sache déjà, pauvre mère?… Tu n'as donc pas compris pourquoi je suis parti, il y a six mois…
—Tu sais?…
—Tout… Et ce qui t'arrive aujourd'hui, voilà longtemps que je le pressens, que je le souhaite…
—Oh! malheureuse, malheureuse, pourquoi suis-je venue?
—Parce que c'est ta place, parce que tu me dois dix ans de ma mère…
Tu vois bien qu'il faut que je te garde.»
Il lui dit cela à genoux devant le divan où elle s'est laissée tomber dans un débordement de larmes et les derniers cris douloureux de son orgueil blessé. Longtemps elle pleure ainsi, son enfant à ses pieds. Et voici que les Joyeuse, inquiets de ne pas voir André descendre, montent le chercher en troupe. C'est une invasion de visages ingénus, de gaietés limpides, boucles flottantes, modestes parures, et sur tout le groupe rayonne la grosse lampe, la bonne vieille lampe au vaste abat-jour, que M. Joyeuse porte solennellement, aussi haut, aussi droit qu'il peut avec un geste de canéphore. Ils s'arrêtent interdits devant cette dame pâle et triste qui regarde, très émue, toute cette grâce souriante, surtout Élise un peu en arrière des autres et que son attitude gênée dans cette indiscrète visite désigne comme la fiancée.
«Élise, embrassez notre mère et remerciez-la. Elle vient demeurer avec ses enfants.»
La voilà serrée dans tous ces bras caressants, contre quatre petits coeurs féminins à qui manque depuis longtemps l'appui de la mère, la voilà introduite et si doucement sous le cercle lumineux de la lampe familiale, un peu élargi pour qu'elle puisse y prendre sa place, sécher ses yeux, réchauffer, éclairer son esprit à cette flamme robuste qui monte dans un vacillement, même dans ce petit atelier d'artiste près des toits, où soufflaient si fort tout à l'heure des tempêtes sinistres qu'il faut oublier.