Ils sont debout tous deux, prêts pour la séparation; mais André ne la laissera pas partir sans lui faire avouer ce qu'elle a, quel souci tragique creuse ce beau visage où les yeux,—est-ce un effet du crépuscule?—reluisent d'un éclat farouche.

«Rien… non, rien; je t'assure… Seulement l'idée de ne pouvoir prendre ma part de tes bonheurs, de tes triomphes… Enfin, tu sais que je t'aime, tu ne doutes pas de ta mère, n'est-ce pas? Je ne suis jamais restée un jour sans penser à toi… Fais-en autant, garde-moi ton coeur… Et maintenant embrasse-moi que je m'en aille vite… J'ai trop tardé.»

Une minute encore, elle n'aurait plus la force de ce qui lui reste à accomplir. Elle s'élance.

«Eh bien, non, tu ne sortiras pas… Je sens qu'il se passe dans ta vie quelque chose d'extraordinaire que tu ne veux pas dire… Tu as un grand chagrin, je suis sûr. Cet homme t'aura fait quelque infamie…

—Non, non… laisse-moi aller… laisse-moi aller.»

Mais il la retient au contraire, il la retient fortement.

«Voyons, qu'est-ce qu'il y a?… Dis… dis…»

Puis tout bas, à l'oreille, la parole tendre, appuyée et sourde comme un baiser:

«Il t'a quittée, n'est-ce pas?»

La malheureuse tressaille, se débat.