Il faisait nuit, l'air était lourd…. On entendait les gens d'en bas rire et causer devant leurs portes, et les tambours du fort Loyasse battre dans le lointain…. J'étais là depuis quelques instants, pensant à des choses tristes et regardant vaguement dans la nuit, quand un violent coup de sonnette m'arracha de ma croisée brusquement. Je regardai mon père avec effroi, et je crus voir passer sur son visage le frisson d'angoisse et de terreur qui venait de m'envahir. Ce coup de sonnette lui avait fait peur, à lui aussi.
«On sonne! me dit-il presque à voix basse.
—Restez, père! j'y vais.» Et je m'élançai vers la porte.
Un homme était debout sur le seuil. Je l'entrevis dans l'ombre, me tendant quelque chose que j'hésitais à prendre.
«C'est une dépêche, dit-il.
—Une dépêche, grand Dieu! pour quoi faire?»
Je la pris en frissonnant, et déjà je repoussais la porte; mais l'homme la retint avec son pied et me dit froidement:
«Il faut signer.»
Il fallait signer! Je ne savais pas: c'était la première dépêche que je recevais.
«Qui est là, Daniel?» me cria M. Eyssette; sa voix tremblait.