Je répondis:
«Rien! c'est un pauvre….» Et, faisant signe à l'homme de m'attendre, je courus à ma chambre, je trempai ma plume dans l'encre, à tâtons, puis je revins.
L'homme dit:
«Signez là.»
Le petit Chose signa d'une main tremblante, à la lueur des lampes de l'escalier; ensuite il ferma la porte et rentra, tenant la dépêche cachée sous sa blouse.
Oh! oui, je te tenais cachée sous ma blouse, dépêche de malheur! Je ne voulais pas que M. Eyssette te vît; car d'avance je savais que tu venais nous annoncer quelque chose de terrible, et lorsque je t'ouvris, tu ne m'appris rien de nouveau, entends-tu, dépêche! Tu ne m'appris rien que mon coeur n'eût déjà deviné.
«C'était un pauvre?» me dit mon père en me regardant.
Je répondis sans rougir: «C'était un pauvre»; et pour détourner les soupçons, je repris ma place à la croisée.
J'y restai encore quelque temps, ne bougeant pas, ne parlant pas, serrant contre ma poitrine ce papier qui me brûlait.
Par moments, j'essayais de me raisonner, de me donner du courage, je me disais: «Qu'en sais-tu? c'est peut-être une bonne nouvelle. Peut-être on écrit qu'il est guéri….» Mais, au fond, je sentais bien que ce n'était pas vrai, que je me mentais à moi-même, que la dépêche ne dirait pas qu'il était guéri.