«Quelle chance que nous nous soyons rencontrés! me dit Jacques. Mon marquis a une extinction de voix, et comme, heureusement, on ne peut pas dicter par gestes, il m'a donné congé jusqu'à demain…. Nous allons en profiter pour faire une grande promenade….»

Là-dessus, il m'entraîne; et nous voilà partis dans Paris, bien serrés l'un contre l'autre et tout fiers de marcher ensemble.

Maintenant que mon frère est près de moi, la rue ne me fait plus peur. Je vais la tête haute, avec un aplomb de trompette aux zouaves, et gare au premier qui rira! Pourtant une chose m'inquiète. Jacques, chemin faisant, me regarde à plusieurs reprises d'un air piteux. Je n'ose lui demander pourquoi.

«Sais-tu qu'ils sont très gentils tes caoutchoucs? me dit-il au bout d'un moment.

—N'est-ce pas, Jacques?

—Oui, ma foi! très gentils…» Puis, en souriant, il ajoute: «C'est égal, quand je serai riche, je t'achèterai une paire de bons souliers pour mettre dedans.»

Pauvre cher Jacques! il a dit cela sans malice; mais il n'en faut pas plus pour me décontenancer. Voilà toutes mes hontes revenues. Sur ce grand boulevard ruisselant de clair soleil, je me sens ridicule avec mes caoutchoucs, et quoi que Jacques puisse me dire d'aimable en faveur de ma chaussure, je veux rentrer sur-le-champ.

Nous rentrons. On s'installe au coin du feu, et le reste de la journée se passe gaiement à bavarder ensemble comme deux moineaux de gouttière… Vers le soir, on frappe à notre porte. C'est un domestique du marquis avec ma malle.

«Très bien! dit ma mère Jacques. Nous allons inspecter un peu ta garde-robe.»

Pécaïre! ma garde-robe!…