Je le regarde avec un peu de défiance.

«Vraiment, Jacques, tu trouves?…

—Magnifique, mon cher, magnifique!… Pense que tu avais toutes ces richesses dans ta malle et que tu n'en disais rien! C'est incroyable!…»

Et voilà ma mère Jacques qui marche à grands pas dans la chambre, parlant tout seul et gesticulant. Tout à coup, il s'arrête en prenant un air solennel:

«Il n'y a plus à hésiter: Daniel, tu es poète, il faut rester poète et chercher ta vie de ce côté-là.

—Oh! Jacques, c'est bien difficile… Les débuts surtout. On gagne si peu.

—Bah! je gagnerai pour deux, n'aie pas peur.

—Et le foyer, Jacques, le foyer que nous voulons reconstruire?

—Le foyer! je m'en charge. Je me sens de force à le reconstruire à moi tout seul. Toi, tu l'illustreras, et tu penses comme nos parents seront fiers de s'asseoir à un foyer célèbre!…»

J'essaie encore quelques objections; mais Jacques a réponse à tout. Du reste, il faut le dire, je ne me défends que faiblement. L'enthousiasme fraternel commence à me gagner. La foi poétique me pousse à vue d'oeil, et je me sens déjà par tout mon être un prurigo lamartinien… Il y a un point, par exemple, sur lequel Jacques et moi nous ne nous entendons pas du tout. Jacques veut qu'à trente-cinq ans j'entre à l'Académie française. Moi, je m'y refuse énergiquement. Foin de l'Académie! C'est vieux, démodé, pyramide d'Egypte en diable.