Le Peintre.

Ma foi! non, par exemple… Marie-toi tout seul, si tu y tiens. Moi je ne m'en mêle pas.

Le Poëte.

Et pourquoi?

Le Peintre.

Parce que… parce que les artistes ne doivent pas se marier.

Le Poëte.

Voilà qui est trop fort… Tu oses dire cela ici, et la lampe ne s'éteint pas brusquement, les murailles ne croulent pas sur ta tête… Mais songe donc, malheureux, que tu viens de me donner pendant deux heures le spectacle et l'envie de ce bonheur que tu me défends. Serais-tu par hasard comme ces mauvais riches qui doublent leur bien-être des souffrances des autres, et savourent mieux le coin de leur feu en songeant qu'il pleut dehors et qu'il y a de pauvres diables sans abri?…

Le Peintre.

Pense de moi ce que tu voudras. Je t'aime trop pour t'aider à faire une sottise, une sottise irréparable.