Le Poëte.

Voyons. Qu'y a-t-il? Tu n'es donc pas content?… Il me semble pourtant qu'on respire le bonheur ici aussi largement que l'air du ciel à une fenêtre de campagne.

Le Peintre.

Tu as raison. Je suis heureux, complètement heureux. J'aime ma femme à plein cœur. Quand je pense à mon enfant, je ris tout seul de plaisir. Le mariage a été pour moi un port aux eaux calmes et sûres, non pas celui où l'on s'accroche d'un anneau à la rive au risque de s'y rouiller éternellement, mais une de ces anses bleues où l'on répare les voiles et les mâts pour des excursions nouvelles aux pays inconnus. Je n'ai jamais si bien travaillé que depuis mon mariage, et mes meilleurs tableaux datent de là.

Le Poëte.

Eh bien, alors!

Le Peintre.

Mon cher, au risque de te paraître fat, je te dirai que je regarde mon bonheur comme une sorte de miracle, quelque chose d'anormal et d'exceptionnel. Oui, plus je vois ce que c'est que le mariage, plus je suis épouvanté de la chance que j'ai eue. Je ressemble à ces ignorants du danger qui l'ont traversé sans s'en apercevoir, et qui pâlissent après coup, stupéfaits de leur propre audace.

Le Poëte.

Mais quels sont donc ces dangers si terribles?…