«Tiens! vous avez repris votre ancienne coiffure?»
Je répondais à peine, ne voulant rien hâter avant l'arrivée des témoins, et puis, c'est drôle! je me sentais émue, secouée d'avance de la scène que je cherchais. Enfin, à quelques réponses un peu plus sèches de ma part, il se leva de table et se retira chez lui. Je le suivis, toute tremblante. J'entendais mes amis s'installer, dans le petit salon, et Pierre qui allait, venait, rangeait l'argenterie et les verres. Le moment était venu. Il fallait l'amener aux grandes violences, et cela me semblait facile après ce que j'avais fait depuis le matin pour l'irriter.
En entrant dans son cabinet, je devais être très-pâle. Je me sentais dans la cage du lion. Cette pensée me vint: «S'il allait me tuer!» Il n'avait pourtant pas l'air bien terrible, couché sur son divan, le cigare à la bouche.
«Est-ce que je vous dérange?» demandai-je de ma voix la plus ironique.
Lui, tranquillement:
«Non. Vous voyez… je ne travaille pas.»
Moi, toujours très-méchante:
«Ah çà! vous ne travaillez donc jamais?»
Lui, toujours très-doux:
«Vous vous trompez, mon amie. Je travaille beaucoup, au contraire… Seulement, notre métier est de ceux où l'on peut travailler sans avoir un outil dans la main.»