—Je ne connais pas de Mme Deloche… Vous confondez, mon enfant, je vous assure.»

Et, doucement, il me poussait vers la porte, me prenant pour un mystificateur ou pour un fou. Je devais avoir l'air bien étrange, en effet. Ce que j'apprenais était si inattendu, si terrible… Elle m'avait donc menti… Pourquoi?… Tout à coup une idée me vint. Je me fis conduire à l'adresse d'une de ses élèves dont elle me parlait toujours, la fille d'un banquier très-connu.

Je demande au domestique: Mme Deloche?

«Ce n'est pas ici.

—Oui, je sais bien… C'est une dame qui donne des leçons de piano à vos demoiselles.

—Nous n'avons pas de demoiselles chez nous, pas même de piano… Je ne sais pas ce que vous voulez dire.»

Et il me ferma la porte au nez avec humeur.

Je n'allai pas plus loin dans mes recherches. J'étais sûr de trouver partout la même réponse et le même désappointement. En rentrant à notre pauvre petite maison, on me remit une lettre timbrée de Saint-Germain. Je l'ouvris, sachant d'avance ce qu'elle renfermait. Le garde général lui non plus ne connaissait pas Mme Deloche. Il n'avait d'ailleurs ni femme ni enfant.

Ce fut le dernier coup. Ainsi pendant cinq ans chacune de ses paroles avait été un mensonge… Mille idées de jalousie me saisirent à la fois; et follement, sans savoir ce que je faisais, j'entrai dans la chambre où elle était en train de mourir. Toutes les questions qui me tourmentaient tombèrent ensemble sur ce lit de douleur: «Qu'alliez-vous faire à Saint-Germain le dimanche?… Chez qui passiez-vous vos journées?… Où avez-vous couché cette nuit-là!… Allons, répondez-moi. «Et je me penchais sur elle, cherchant tout au fond de ses yeux encore fiers et beaux les réponses que j'attendais avec angoisse; mais elle resta muette, impassible.

Je repris en tremblant de rage: «Vous ne donniez pas de leçons. J'ai été partout. Personne ne vous connaît… Alors, d'où venaient cet argent, ces dentelles, ces bijoux?» Elle me jeta un regard d'une tristesse horrible, et ce fut tout… Vraiment, j'aurais dû l'épargner, la laisser mourir en repos… Mais je l'avais trop aimée. La jalousie était plus forte que la pitié. Je continuai: «Tu m'as trompé pendant cinq ans. Tu m'as menti tous les jours, à toutes les heures… Tu connaissais toute ma vie, et moi je ne savais rien de la tienne. Rien, pas même ton nom. Car il n'est pas à toi, n'est-ce pas? ce nom que tu portais… Oh! la menteuse, la menteuse! Dire qu'elle va mourir, et que je ne sais de quel nom l'appeler… Voyons, qui est-tu? D'où viens-tu? Qu'est-ce que tu es venue faire dans ma vie?… Mais parle-moi donc! Dis-moi quelque chose.»