Pour le coup, Guillardin n'y tient plus. Blême de rage, il s'élance, va saisir pour le jeter au feu, après lui avoir arraché sa jolie guirlande verte, cet habit insolent et radoteur; mais voilà qu'une porte s'ouvre et qu'une voix bien connue, nuancée de dédain et de douce condescendance, vient l'éveiller à propos de son horrible rêve:

«Ah! c'est bien vous, par exemple!… s'endormir au coin du feu un jour pareil!…»

Mme Guillardin est devant lui, grande, belle encore, quoique un peu trop imposante avec son teint rose presque naturel sous ses cheveux poudrés, et l'éclair exagéré de ses yeux peints. D'un geste de maîtresse femme, elle prend l'habit à palmes vertes, et lestement, avec un petit sourire, elle aide son mari à l'endosser, pendant que le pauvre homme, encore tout trempé de la sueur de son cauchemar, respire d'un air soulagé et pense en lui-même: «Quel bonheur!… C'était un rêve…»

End of Project Gutenberg's Les femmes d'artistes, by Alphonse Daudet