Et peut-être que lorsque Daudet plaidait la cause du régionalisme littéraire, ce n'était pas seulement la nostalgie de la Provence et de l'enfance qui l'inspirait. Peut-être avait-il le regret de tout ce qu'il avait perdu, le sentiment de tout ce qu'il aurait pu être, sans la fatalité qui en France pousse les hommes de lettres vers la ville tentaculaire et qui tout jeune le transplanta en terre étrangère... Et je suis convaincu pour ma part que si Daudet n'avait été obligé de quitter sa province natale, ou s'il avait pu y revenir, non seulement sa destinée d'homme eût été plus heureuse, mais son œuvre littéraire eût été, sinon plus variée et plus riche, du moins elle aurait été moins tourmentée et plus harmonieuse et peut-être plus personnelle et plus intime.
Et je ne suis pas moins convaincu que lorsque la postérité sera obligée de faire un triage, un tassement et un classement dans l'immense production littéraire de notre temps, ce qui survivra de l'œuvre de Daudet, ce seront peut-être plus encore que les «scènes de la vie parisienne», plus que Jack et Fromont, plus que Sapho et le Nabab, ce seront les romans et les contes provençaux, ce seront Numa Roumestan, Tartarin de Tarascon, Tartarin sur les Alpes, ce seront surtout les Lettres de mon Moulin. Les Lettres de mon Moulin depuis quarante ans sont l'œuvre toujours aimée, toujours populaire. Elles sont pour Daudet ce que le Livre de la Jungle est pour Kipling. L'œuvre de début est restée l'œuvre définitive. Pour la première fois, grâce à la «Collection Nelson», cette popularité pourra se répandre et s'étendre aux antipodes de notre planète. Et je ne doute pas que les Lettres de mon Moulin ne soient goûtées dans l'hémisphère austral par les boys de Nouvelle-Zélande autant que par les descendants des pionniers français du Canada. Et il se trouvera que de tous les livres de la littérature française contemporaine, ce sera ce petit livre régional, si rempli de couleur locale, qui sera le livre le plus vraiment classique et peut-être le plus universel.
CHARLES SAROLEA.
UNIVERSITÉ D'ÉDIMBOURG.
LETTRES DE MON MOULIN
| Pages | |
| Avant-propos | [21] |
| LETTRES DE MON MOULIN | |
| Installation | [23] |
| La diligence de Beaucaire | [29] |
| Le secret de maître Cornille | [37] |
| La chèvre de M. Seguin | [47] |
| Les étoiles | [59] |
| L'Arlésienne | [69] |
| La mule du Pape | [77] |
| Le phare des Sanguinaires | [95] |
| L'agonie de la Sémillante | [105] |
| Les douaniers | [117] |
| Le curé de Cucugnan | [125] |
| Les vieux | [135] |
| Ballades en prose | [147] |
| — La mort du Dauphin | [147] |
| — Le sous-préfet aux champs | [152] |
| Le portefeuille de Bixiou | [159] |
| La légende de l'homme à la cervelle d'or | [169] |
| Le poète Mistral | [177] |
| Les trois messes basses | [189] |
| Les oranges | [203] |
| Les deux auberges | [211] |
| A Milianah | [219] |
| Les sauterelles | [237] |
| L'élixir du Révérend Père Gaucher | [245] |
| En Camargue | [261] |
| Nostalgies de caserne | [279] |