Là-haut, pendant ce temps, appuyé au fauteuil de lady William, dans le parfum de la brise mourante et l'éblouissant reflet sur la mer, sur le pont du navire, d'un soleil couchant qui suspendait à tous les cordages des gouttelettes de groseille, Tartarin racontait ses amours avec la princesse Likiriki, et leur séparation déchirante. Il savait que les femmes aiment à consoler, et que porter ses chagrins de coeur en écharpe est la meilleure façon de réussir auprès d'elles.
Oh! la scène des adieux entre la petite et lui, chuchotée de tout près par Tartarin dans le mystère du crépuscule! Qui n'a pas entendu cela n'a rien entendu.
Je ne vous affirmerai pas que le récit fût absolument exact, que la scène ne fût pas un rien arrangée; mais, en tout cas, c'était comme il aurait voulu que cela fût, une Likiriki passionnée et brûlante, la pauvre princesse prise entre ses sentiments de famille et son amour conjugal, s'accrochant au héros de ses petites mains désespérées:
«Emmène-moi! emmène-moi!»
Lui, le coeur broyé, la repoussant, s'arrachant à ses étreintes «Non, mon enfant, il le faut. Reste avec ton vieux père, il n'a plus que toi,…»
En racontant ces choses, il versait de vraies larmes et il lui semblait que les beaux yeux créoles levés vers lui se mouillaient à son récit, pendant que le soleil, lentement descendu dans la mer, laissait l'horizon noyé dans une buée violette.
Soudain des ombres s'approchèrent, et la voix du commodore, coupante, glaciale, rompit le charme:
«Il est tard, il fait trop frais pour vous, ma chère, il faut rentrer.»
Elle se leva, s'inclina légèrement:
«Bonne nuit, monsieur Tartarin!»