«Voilà ce que c'est de se dépatrier!… Il n'a pas pu vivre sans
Tarascon…»

Marc-Aurèle le barbier ne croyait pas dire si juste.

Sans Tarascon et sans la gloire, c'était sur qu'il ne pourrait pas vivre.

Pauvre bon maître! Pauvre Tartarin!… Tout de même, cette coïncidence… une éclipse le jour de sa mort!

Et quel drôle de peuple que le nôtre! Je parie bien qu'en ville la nouvelle leur a fait de la peine à tous, mais ils ont affecté de prendre la chose très à la légère.

Tout ça, parce que depuis l'affaire de Port-Tarascon, qui les a montrés si emballés, si exagérés, les Tarasconnais veulent paraître très rassis, très maîtres d'eux-mêmes, corrigés pour toujours.

Eh bien, la vérité, c'est que nous ne sommes pas corrigés le moins du monde; seulement, au lieu de mentir en delà nous mentons en deçà.

Nous ne disons plus:

«Hier aux arènes on était plus de cinquante mille, au moins.»
Mais:

«Aux arènes, hier, si l'on était une demi-douzaine, c'est tout le bout du monde.»