«Nous les connaissons, les Tarasconnais…,» disent les gens de
Beaucaire, d'un ton mystérieux.
Et ceux de Tarascon ripostent en clignant leur oeil finaud:
«On sait ce qu'ils valent, messieurs les Beaucairois.»
De fait, d'une ville à l'autre les communications sont nulles, et le pont qu'on a jeté entre elles ne sert absolument à rien. Personne ne le franchit jamais. Par hostilité d'abord, ensuite parce que la violence du mistral et la largeur du fleuve à cet endroit en rendent le passage très dangereux.
Mais si l'on n'acceptait pas de colons de Beaucaire, l'argent de tout le monde était parfaitement accueilli. Les fameux hectares à 5 francs (rendement de plusieurs mille francs par an) se débitaient par fournées. On recevait aussi de partout les dons en nature que les fervents de l'oeuvre envoyaient pour les besoins de la colonie. Le Forum publiait les listes, et parmi ces dons se trouvaient les choses les plus extraordinaires:
Anonyme: Une boîte de petites perles blanches.
— Un lot de numéros du Forum.
M. Bécoulet: Quarante-cinq résilles en chenilles et perles pour les femmes indiennes.
Mme Dourladoure: Six mouchoirs et six couteaux pour le presbytère.
Anonyme: Une bannière brodée pour l'orphéon.