Anduze, de Maguelonne: Un flamant empaillé.

Famille Margue: Six douzaines de colliers de chiens.

Anonyme: Une veste soutachée.

Une dame pieuse de Marseille: Une chasuble, un orfroi de thuriféraire et un pavillon de ciboire.

La même: Une collection de coléoptères sous verre.

Et, régulièrement, dans chaque liste, était mentionné un envoi de
Mlle Tournatoire: Costume complet pour habiller un sauvage.
C'était sa préoccupation constante, à cette bonne vieille
demoiselle.

Tous ces dons bizarres, fantaisistes, où la cocasserie méridionale étalait son imagination, étaient dirigés par pleines caisses sur les docks, les grands magasins de la Colonie libre, établis à Marseille. Le duc de Mons avait fixé là son centre d'opérations.

De ses bureaux, luxueusement installés, il brassait en grand les affaires, montait des sociétés de distillerie de canne à sucre ou d'exploitation du tripang, sorte de mollusque dont les Chinois sont très friands et qu'ils payent fort cher, disait le prospectus. Chaque journée de l'infatigable duc voyait éclore une idée nouvelle, poindre quelque grande machination qui le soir même se trouvait lancée.

Entre temps, il organisait un comité d'actionnaires marseillais sous la présidence du banquier grec Kagaraspaki, et des fonds étaient versés à la banque ottomane Pamenyaï-ben-Kaga, maison de toute sécurité.

Tartarin passait maintenant sa vie, une vie enfiévrée, à voyager de Tarascon à Marseille et de Marseille à Tarascon. Il chauffait l'enthousiasme de ses concitoyens, continuait la propagande locale, et tout à coup filait par l'express pour aller assister à quelque conseil, quelque réunion d'actionnaires. Son admiration pour le duc grandissait chaque jour.