— Que ferais-tu, mon brave Pierre?

— Té! pardi, un grand coup de pied dans la fourmilière et va te promener de l'humanité!»

Saint Joseph hocha sa vieille barbe… Il le faudrait terriblement fort, tout de même, ce coup de pied qui démolirait la terre…

Passe encore pour les Turcs, les Infidèles, ces peuplades d'Asie qui tombent en pourriture, mais le monde chrétien, c'est calé, c'est solide, bâti par le fils…

— Justement, reprit saint Pierre… Mais ce que le Christ a bâti, le Christ pourrait aussi bien le détruire. Je leur enverrais mon Fils Divin une seconde fois à ces galériens de par là-bas, et cet Antéchrist qui serait le Christ déguisé aurait tôt fait de vous les mettre en bourtouillade».

Le bon saint parlait dans sa colère, sans bien penser ce qu'il disait, sans se douter surtout que ses paroles seraient répétées au Divin Maître, et sa surprise fut grande quand tout à coup le Fils de l'homme se dressa devant lui, un petit paquet sur l'épaule au bout d'un bâton de route, ordonnant de sa voix ferme et douce:

«Pierre, viens… Je t'emmène.»

À la pâleur de Jésus, à la fièvre de ses grands yeux cernés qui jetaient encore plus de feux que son auréole, Pierre comprit tout de suite, et regretta d'avoir trop parlé. Que n'aurait-il pas donné pour que cette seconde mission du Fils de Dieu sur la terre n'eût pas lieu, surtout pour n'être pas lui-même du voyage! Il s'agitait, tout éperdu, les mains chevrotantes:

«Ah! mon Dieu… Ah! mon Dieu… Et mes clefs, qu'est-ce que j'en vais faire?» C'est vrai que pour une aussi longue route son lourd trousseau n'était pas commode.»Et ma porte, qui me la gardera?»

Sur quoi Jésus sourit, lisant le fond de son âme, et dit: