Il possédait heureusement une carte de la colonie, dressée à une très grande échelle, où étaient minutieusement détaillés caps, golfes, rivières, montagnes, et jusqu'à l'emplacement des principaux monuments de la ville.
Elle fut aussitôt étalée, et Tartarin, entouré de tous, se mit à l'étudier en suivant du doigt.
Bien cela; ici, l'île de Port-Tarascon…, l'autre île en face, là…, le promontoire chose…, très bien… À gauche les récifs de coraux… parfaitement… Mais alors, quoi? La ville, le port, les habitants, qu'est-ce que tout ça était devenu?
Timide, bégayant un peu, Pascalon suggéra que peut-être il y avait là-dessous une farce de Bompard, si connu en Tarascon pour ses plaisanteries.
«Bompard peut-être, fit Tartarin… mais Bézuquet, un homme de toute prudence, de tout sérieux… Du reste, pour si farceur qu'on soit, on n'escamote pas une ville, un port, des bassins de carénage.»
À la longue-vue, on apercevait bien sur la côte quelque chose comme une baraque; mais les récifs de coraux ne permettaient pas au navire d'approcher davantage, et, à cette distance, tout se perdait dans le vert noir des feuillages.
Très perplexes, tous regardaient, déjà prêts pour le débarquement, leurs paquets à la main, la vieille douairière d'Aigueboulide elle-même portant sa petite chaufferette, et, dans la stupéfaction générale, on entendit le Gouverneur en personne murmurer à demi- voix:
«C'est vraiment bien extraordinaire!…» Tout à coup il se redressa:
«Capitaine, faites armer le grand canot. Commandant Bravida, sonnez à la milice.»
Pendant que le clairon ta-ra-ta-tait, que Bravida faisait appel,
Tartarin, plein d'aisance, rassurait les dames: