En même temps éclatait une tempête de hurlements, de flèches et de balles. En voyant tomber leur commandant, les miliciens avaient fait feu d'instinct, puis s'étaient enfuis, sans s'apercevoir que les sauvages faisaient de même.

D'en bas Tartarin entendit la fusillade. «Ils ont pris le contact,» dit-il allègrement. Mais sa joie se changea en stupeur lorsqu'il vit sa petite armée revenir en désordre, bondissant à travers bois, les uns sans chapeaux, d'autres sans souliers, jetant tous le même cri terrifiant: «Les sauvages!… les sauvages!…». Il y eut un moment de panique effroyable. Le canot prit le large et se sauva à toutes rames. Le Gouverneur courait sur le rivage, clamant: «Du sang-froid!… du sang-froid!…» d'une voix blanche, d'une voix de goéland en détresse qui redoublait la peur de tous.

Le pêle-mêle du sauve-qui-peut se prolongea quelques instants sur l'étroit banc de sable; mais comme on ne savait de quel côté fuir, on finit par se rassembler. Aucun sauvage d'ailleurs ne se montrant, on put se reconnaître, s'interroger.

«Et le commandant?

— Mort.»

Quand Excourbaniès eut raconté la funeste méprise de Bravida,
Tartarin s'écria:

«Malheureux Placide»… Aussi quelle imprudence… en pays ennemi… Il ne s'éclairait donc pas!…

Tout de suite il donna l'ordre de placer des sentinelles, qui, désignées, s'éloignèrent lentement deux par deux, bien décidées à ne pas trop s'écarter du gros de la troupe. Puis on se réunit en conseil, pendant que Tournatoire s'occupait du pansement d'un blessé qui avait reçu une flèche empoisonnée et enflait à vue d'oeil d'une façon extraordinaire.

Tartarin prit la parole:

«Avant tout, éviter l'effusion de sang.