Le coup partit, les couleurs tarasconnaises ondoyèrent dans l'air.

Au même instant une effroyable détonation remplit la rade, enveloppant le navire d'un nuage de lourde fumée, tandis qu'une espèce d'oiseau noir, passant au-dessus des têtes avec un sifflement rauque, venait s'abattre sur le toit du magasin qu'il écorna.

Il y eut d'abord un mouvement de stupeur.

«Mais ils nous ti!… tirent dessus!» clama Pascalon.

À l'exemple du Gouverneur, toute la colonie s'était jetée à plat ventre sur la rive.

«Alors, ce ne serait donc pas le duc,» disait tout bas Tartarin à Cicéron Franquebalme, lequel, affalé dans la boue près de lui, crut devoir entamer une de ses discussions rigoureuses…, «que si d'une part il était supposable…, d'autre part on pouvait se dire aussi…»

L'arrivée d'un nouvel obus interrompit son raisonnement. Pour le coup, le Père Bataillet bondit, et d'une voix furibonde appela le sacristain Galoffre, son garde d'artillerie, disant qu'à eux deux ils allaient riposter avec la caronade.

«Je vous le défends bien, par exemple, lui cria Tartarin. Quelle imprudence!…Tenez-le, vous autres…, empêchez-le…» Torquebiau et Galoffre lui-même prirent le Révérend chacun par un bras et le forcèrent à se coucher comme tout le monde, au moment où le troisième coup de canon partait du navire, toujours dans la direction du drapeau tarasconnais. Visiblement on en voulait aux couleurs nationales. Tartarin le comprit; il comprit aussi que, le drapeau disparu, les obus cesseraient de pleuvoir; et, de toute la puissance de ses poumons, il mugit:

«Amenez le drapeau, coquin de sort!»

Aussitôt, tous de crier comme lui: