— Mais si… Pourquoi donc?…
— Jure que tu nes pas fâché, que tu viendras encore… oh! cest que je te connais.
Il jura ce quelle voulut, mais ne se recoucha pas malgré ses supplications et lassurance réitérée quelle était chez elle, libre de sa vie, de ses actes. À la fin elle sembla se résigner à le voir partir, et laccompagna jusquà la porte, nayant plus rien de la faunesse en délire, bien humble au contraire, cherchant à se faire pardonner.
Une longue et profonde caresse dadieu les retint dans lantichambre.
«Alors… quand?…» lui demandait-elle, les yeux tout au fond des yeux. Il allait répondre, mentir sans doute, dans sa hâte dêtre dehors, quand un coup de sonnette larrêta. Machaume sortit de sa cuisine, mais Fanny lui fit signe: «Non… nouvre pas…» Et ils restaient là, tous les trois, immobiles, sans parler.
On entendit une plainte étouffée, puis le froissement dune lettre glissée sous la porte, et des pas qui descendaient lentement.
— Quand je te disais que jétais libre… tiens!…
Elle passa à son amant la lettre quelle venait douvrir, une pauvre lettre damour, bien basse, bien lâche, crayonnée en hâte sur une table de café et dans laquelle le malheureux demandait grâce pour sa folie du matin, reconnaissait navoir aucun droit sur elle que celui quelle voudrait bien lui laisser, priait à deux mains jointes quon ne lexilât pas sans retour, promettant daccepter tout, résigné à tout… mais ne pas la perdre, mon Dieu! ne pas la perdre…
«Crois-tu!…» dit-elle avec un mauvais rire; et ce rire acheva de lui barrer le coeur quelle voulait conquérir. Jean la trouva cruelle. Il ne savait pas encore que la femme qui aime na dentrailles que pour son amour, toutes ses forces vives de charité, de bonté, de pitié, de dévouement absorbées au profit dun être, dun seul.
«Tu as bien tort de te moquer… cette lettre est horriblement belle et navrante…» et tout bas, dune voix grave, en lui tenant les mains: