— Vous nêtes donc plus avec elle?
Et devant son ahurissement, Caoudal ajouta sur un ton dimpatience:
— Sapho, voyons… Fanny Legrand… Ville-dAvray…
— Oh! cest fini, il y a longtemps…
Comment lui vint ce mensonge? Par une sorte de honte, de malaise, à ce nom de Sapho donné à sa maîtresse; la gêne de parler delle avec dautres hommes, peut-être aussi le désir dapprendre des choses quon ne lui aurait pas dites sans cela.
— Tiens! Sapho… Elle roule encore? demanda Déchelette distrait, tout à livresse de revoir lescalier de la Madeleine, le marché aux fleurs, la longue enfilade des boulevards entre deux rangs de bouquets verts.
— Vous ne vous la rappelez donc pas, chez vous, lannée dernière!… Elle était superbe dans sa tunique de fellah… Et le matin de cet automne, où je lai trouvée déjeunant avec ce joli garçon chez Langlois, vous auriez dit une mariée de quinze jours.
— Quel âge a-t-elle donc?… Depuis le temps quon la connaît…
Caoudal leva la tête pour chercher: «Quel âge?…. quel âge?… Voyons, dix-sept ans en 53, quand elle me posait ma figure… nous sommes en 73. Ainsi, comptez.» Tout à coup ses yeux sallumèrent: «Ah! si vous laviez vue, il y a vingt ans… longue, fine, la bouche en arc, le front solide… Des bras, des épaules encore un peu maigres, mais cela allait bien à la brûlure de Sapho… Et la femme, la maîtresse!… Ce quil y avait dans cette chair à plaisir, ce quon tirait de cette pierre à feu, de ce clavier où ne manquait pas une note… Toute la lyre!… comme disait La Gournerie.»
Jean, très pâle, demanda: