Les heures passaient, sembrouillaient; on ne bougeait plus du lit jusquau soir. Rien ne les tentait que là; nul plaisir, personne à voir, pas même les Hettéma qui, par économie, sétaient décidés à vivre à la campagne. Le petit déjeuner préparé, à côté deux, ils entendaient, anéantis, la rumeur du dimanche parisien pataugeant dans la rue, le sifflet des trains, le roulement des fiacres chargés; et la pluie en larges gouttes sur le zinc du balcon, avec les battements précipités de leurs poitrines, rythmaient cette absence de la vie, sans notion de lheure, jusquau crépuscule.

Le gaz, quon allumait en face, glissait alors un pâle rayon sur la tenture; il fallait se lever, Fanny devant être rentrée à sept heures. Dans le demi-jour de la chambre, tous ses ennuis, tous ses écoeurements lui revenaient plus lourds, plus cruels, en remettant ses bottines encore humides de la course à pied, ses jupons, sa robe de la gérance, luniforme noir des femmes pauvres.

Et ce qui gonflait son chagrin cétaient ces choses aimées autour delle, les meubles, le petit cabinet de toilette des beaux jours… Elle sarrachait: «Allons!…» et pour rester plus longtemps ensemble, Jean la reconduisait; ils remontaient serrés et lents lavenue des Champs-Elysées dont la double rangée de lampadaires, avec lArc de Triomphe en haut, écarté dombre, et deux ou trois étoiles piquant un bout de ciel, figuraient un fond de diorama. Au coin de la rue Pergolèse, tout près de la pension, elle relevait sa voilette pour un dernier baiser, et le laissait désorienté, dégoûté de son intérieur où il rentrait le plus tard possible, maudissant la misère, en voulant presque à ceux de Castelet du sacrifice quil simposait pour eux.

Ils traînèrent deux ou trois mois cette existence devenue vers la fin absolument insupportable, Jean ayant été obligé de restreindre ses visites à lhôtel à cause dun bavardage de domestique, et Fanny de plus en plus exaspérée par lavarice de la mère et de la fille Sanchès. Elle pensait silencieusement à reprendre leur petit ménage et sentait son amant à bout de forces lui aussi, mais elle eût voulu quil parlât le premier.

Un dimanche davril, Fanny arriva plus parée que dordinaire, en chapeau rond, en robe de printemps bien simple, — on nétait pas riche, — mais tendue aux grâces de son corps.

— Lève-toi vite, nous allons déjeuner à la campagne…

— À la campagne!…

— Oui, à Enghien, chez Rosa… Elle nous invite tous les deux…

Il dit non dabord, mais elle insista. Jamais Rosé ne pardonnerait un refus.

— Tu peux bien consentir pour moi… Jen fais assez, il me semble.