[20]Seulement cela se chantait de loin, à cause des doubles muscles.
O fragilité des engouements de Tarascon!...
Le grand homme, lui, feignait de ne rien voir, de ne rien entendre;
mais au fond cette petite guerre sourde et venimeuse
l'affligeait beaucoup; il sentait Tarascon lui glisser dans la main,
[25]la faveur populaire aller à d'autres, et cela le faisait horriblement
souffrir.
Ah! la grande gamelle de la popularité, il fait bon s'asseoir
devant, mais quel échaudement quand elle se renverse!...
En dépit de sa souffrance, Tartarin souriait et menait paisiblement
[30]sa même vie, comme si de rien n'était.
Quelquefois cependant ce masque de joyeuse insouciance,
qu'il s'était par fierté collé sur le visage, se détachait subitement.
Alors, au lieu du rire, on voyait l'indignation et la douleur....
C'est ainsi qu'un matin que les petits décrotteurs chantaient
sous ses fenêtres: Lou fùsioù de mestre Gervaï, les voix de ces
misérables arrivèrent jusqu'à la chambre du pauvre grand homme
en train de se raser devant sa glace. (Tartarin portait toute sa
[5]barbe, mais, comme elle venait trop forte, il était obligé de la
surveiller.)
Tout à coup la fenêtre s'ouvrit violemment et Tartarin apparut
en chemise, en serre-tête, barbouillé de bon savon blanc,
brandissant son rasoir et sa savonnette, et criant d'une voix
[10]formidable:
«Des coups d'épée, messieurs, des coups d'épée!... Mais
pas de coups d'épingle!»
Belles paroles dignes de l'histoire, qui n'avaient que le tort de
s'adresser à ces petits fouchtras, hauts comme leurs boîtes à
[15]cirage, et gentilhommes tout à fait incapables de tenir une épée!