De ce qui fut dit dans la petite maison du baobab
Au milieu de la défection générale, l'armée seule tenait bon
pour Tartarin.
Le brave commandant Bravida, ancien capitaine d'habillement,
continuait à lui marquer la même estime: «C'est un lapin!»
[20]s'entêtait-il à dire, et cette affirmation valait bien, j'imagine,
Celle du pharmacien Bézuquet.... Pas une fois le brave commandant
n'avait fait allusion au voyage en Afrique; pourtant, quand
la clameur publique devint trop forte, il se décida à parler.
Un soir, le malheureux Tartarin était seul dans son cabinet,
[25]pensant à des choses tristes, quand il vit entrer le commandant,
grave, ganté de noir, boutonné jusqu'aux oreilles.
«Tartarin,» fit l'ancien capitaine avec autorité, «Tartarin, il
faut partir!» Et il restait debout dans l'encadrement de la porte,
--rigide et grand comme le devoir.
Tout ce qu'il y avait dans ce «Tartarin, il faut partir!» Tartarin
de Tarascon le comprit
Très pâle, il se leva, regarda autour de lui d'un oeil attendri ce
joli cabinet, bien clos, plein de chaleur et de lumière douce, ce
[5]large fauteuil si commode, ses livres, son tapis, les grands stores
blancs de ses fenêtres, derrière lesquels tremblaient les branches
grêles du petit jardin, puis, s'avançant vers le brave commandant,
il lui prit la main, la serra avec énergie, et d'une voix où roulaient
des larmes, stoïque cependant, il lui dit «Je partirai, Bravida!»
[10]Et il partit comme il l'avait dit. Seulement pas encore tout
de suite ... il lui fallut le temps de s'outiller.
D'abord il commanda chez Bompard deux grandes malles doublées
de cuivre, avec une longue plaque portant cette inscription