L'express Paris-Marseille n'était pas encore arrivé. Tartarin
et son état-major entrèrent dans les salles d'attente. Pour éviter
l'encombrement, derrière eux le chef de gare fit fermer les grilles.

[10]Pendant un quart d'heure, Tartarin se promena de long en
large dans les salles, au milieu des chasseurs de casquettes. Il
leur parlait de son voyage, de sa chasse, promettant d'envoyer
des peaux. On s'inscrivait sur son carnet pour une peau comme
pour une contredanse.

[15]Tranquille et doux comme Socrate au moment de boire la
ciguë, l'intrépide Tarasconnais avait un mot pour chacun, un
sourire pour tout le monde. Il parlait simplement, d'un air
affable; on aurait dit qu'avant de partir, il voulait laisser derrière
lui comme une traînée de charme, de regrets, de bons souvenirs.
[20]D'entendre leur chef parler ainsi, tous les chasseurs de casquettes
avaient des larmes, quelques-uns même des remords, comme le
président Ladevèze et le pharmacien Bézuquet.

Des hommes d'équipe pleuraient dans des coins. Dehors, le
peuple regardait à travers les grilles, et criait: «Vive Tartarin!»

[25]Enfin la cloche sonna. Un roulement sourd, un sifflet déchirant
ébranla, les voûtes.... En voiture! en voiture!

«Adieu, Tartarin!... adieu, Tartarin!...

--Adieu, tous!...» murmura le grand homme, et sur les
joues du brave commandant Bravida il embrassa son cher
[30]Tarascon.

Puis il s'élança sur la voie, et monta dans un wagon plein de
Parisiennes, qui pensèrent mourir de peur en voyant arriver cet
homme étrange avec tant de carabines et de revolvers.

XIV

Le port de Marseille. Embarque! Embarque!