Ces forbans-là, Tartarin les connaissait.... C'étaient eux,
c'est-à-dire ILS, ces fameux ILS qu'il avait si souvent cherchés la
[10]nuit dans les rues de Tarascon. Enfin ILS se décidaient donc
à venir!
... D'abord la surprise le cloua sur place. Mais quand il
vit les forbans se précipiter sur les bagages, arracher la bâche
qui les recouvrait, commencer enfin le pillage du navire, alors
[15]le héros se réveilla, et dégainant son couteau de chasse: «Aux
armes! aux armes!» cria-t-il aux voyageurs, et le premier de
tous, il fondit sur les pirates.
«Qués aco? qu'est-ce qu'il y a? qu'est-ce que vous avez?»
fit le capitaine Barbassou, qui sortait de l'entrepont.
[20]«Ah! vous voilà, capitaine!... vite, vite, armez vos hommes.
--Hé! pourquoi faire, boun Diou?
--Mais vous ne voyez donc pas...?
--Quoi donc?...
--Là ... devant vous ... les pirates....»
[25]Le capitaine Barbassou le regardait tout ahuri. A ce moment,
un grand diable de nègre passait devant eux, en courant, avec
la pharmacie du héros sur son dos:
«Misérable!... attends-moi!...» hurla le Tarasconnais;
et il s'élança, la dague en avant.
[30]Barbassou le rattrapa au vol, et, le retenant par sa ceinture:
«Mais restez donc tranquille, tron de ler!... Ce ne sont
pas des pirates.... Il y a longtemps qu'il n'y en a plus de
Pirates.... Ce sont des portefaix.