[5]Au lieu de lui répondre, Barbassou le regarda un moment
avec de grands yeux; puis, le voilà parti à rire, à rire tellement,
Que Sidi Tart'ri en resta tout interloqué, le derrière sur
ses pastèques.
«Qué turban, mon pauvre monsieur Tartarin!... C'est
[10]donc vrai ce qu'on dit, que vous vous êtes fait Teur?...
Et la petite Baïa, est-ce qu'elle chante toujours Marco la Belle?
--Marco la Belle! » fit Tartarin indigné.... «Apprenez,
capitaine, que la personne dont vous parlez est une honnête
fille maure, et qu'elle ne sait pas un mot de français.
[15]--Baïa, pas un mot de français?... D'où sortez-vous
donc?...»
Et le brave capitaine se remit à rire plus fort.
Puis voyant la mine du pauvre Sidi Tart'ri qui s'allongeait,
il se ravisa.
[20]«Au fait, ce n'est peut-être pas la même.... Mettons que
j'ai confondu. Seulement, voyez-vous, monsieur Tartarin, vous
ferez tout de même bien de vous méfier des Mauresques algériennes
et des princes du Monténégro!...»
Tartarin se dressa sur ses étriers, en faisant sa moue.
[25]«Le prince est mon ami, capitaine.
--Bon! bon! ne nous fâchons pas.... Vous ne prenez pas
une absinthe? Non. Rien à faire dire au pays?... Non
plus.... Eh bien! alors, bon voyage.... A propos, collègue,
j'ai là du bon tabac de France, si vous en vouliez emporter
[30]quelques pipes.... Prenez donc! prenez donc! ça vous
fera du bien.... Ce sont vos sacrés tabacs d'Orient qui vous
barbouillent les idées.»