Où l'on voit passer un petit monsieur.

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Vaguement, à travers les vitres dépolies par la buée, Tartarin
de Tarascon entrevit une place de jolie sous-préfecture, place
régulière, entourée d'arcades et plantée d'orangers, au milieu de
laquelle de petits soldats de plomb faisaient l'exercice dans la
[5]claire brume rose du matin. Les cafés ôtaient leurs volets. Dans
un coin, une halle avec des légumes.... C'était charmant, mais
cela ne sentait pas encore le lion.

«Au sud!... Plus au sud!» murmura le bon Tartarin en
se renfonçant dans son coin.

[10]A ce moment, la portière s'ouvrit. Une bouffée d'air
frais entra, apportant sur ses ailes, dans le parfum des orangers
fleuris, un tout petit monsieur en redingote noisette, vieux, sec,
ridé, compassé, une figure grosse comme le poing, une cravate
en soie noire haute de cinq doigts, une serviette en cuir, un
[15]parapluie: le parfait notaire de village.

En apercevant le matériel de guerre du Tarasconnais, le petit
monsieur, qui s'était assis en face, parut excessivement surpris
et se mit à regarder Tartarin avec une insistance gênante.

On détela, on attela, la diligence partit.... Le petit monsieur
[20]regardait toujours Tartarin.... A la fin le Tarasconnais
prit la mouche.

«Ça vous étonne?» fit-il en regardant à son tour le petit
monsieur bien en face.

«Non! Ça me gêne,» répondit l'autre fort tranquillement; et
[25]le fait est qu'avec sa tente-abri, son revolver, ses deux fusils dans
dans leur gaine, son couteau de chasse,--sans parler de sa corpulence
naturelle, Tartarin de Tarascon tenait beaucoup de place....

La réponse du petit monsieur le fâcha: